Paola Zanetti,
Conseiller régional
et Présidente d’Inffolor

La recherche-action ressources et réseaux (3R) est engagée depuis 2004 dans trois régions : Lorraine, Haute-Normandie et Limousin à l’initiative de Algora dans le cadre du programme Fore (Formations Ouvertes Ressources Educatives). Mise en place pour accompagner les centres de formation dans l'élaboration de nouvelles offres de Formations Ouvertes et A Distance (FOAD), elle arrive aujourd’hui à son terme.

Après plus d’un an de travail, les organismes de formation partenaires du projet peuvent aujourd’hui proposer de nouveaux parcours FOAD que la recherche-action a permis, soit de créer, soit de peaufiner.

Ce sont ces nouveaux parcours qui figuraient au programme du séminaire national de clôture à Metz (Metz Congrès) les 21 et 22 juin derniers (programme).

Ce séminaire a rassemblé 78 personnes, principalement des organismes de formation (24 structures différentes) et des institutions (DRTEFP et Conseils régionaux : 10 régions étaient ainsi représentées). C’est Paola Zanetti, conseiller régional et présidente d’Inffolor qui inaugura les travaux en accueillant les participants.

 

 

Le programme faisait la part belle au terrain ; démonstrations de parcours de FOAD aujourd’hui opérationnels, explicitation des démarches mises en œuvre…. Les présentations étaient assurées, dans la majorité des cas, par des binômes de formateurs, ce qui a permis un discours sans langue de bois véritablement imprégné des réalités de terrain. Il s’agissait là d’un des objectifs de l’équipe qui a préparée le séminaire1, qui a souhaité que, outre la mise en valeur des réussites, les intervenants pointent également les difficultés rencontrées et les échecs éventuels. Partant du principe que seul un état des lieux sans concession était susceptible d’apporter des éléments de progrès pour l’avenir. Yves Poirier, Directeur Régional du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, a d’ailleurs rappelé cette volonté dans son discours d’introduction.

 


Yves Poirier, Directeur Régional
du Travail de l’Emploi et de la
Formation Professionnelle


La première ½ journée a donc permis la présentation de 4 opérations :

  • Français à distance dans les p@t par Eric Tisserant et Michel D’Espinay du GRETA des Hautes-Vosges (Remiremont) : consulter le PowerPoint - 108 ko

    Eric Tisserant et Michel D’Espinay du GRETA des Hautes-Vosges (Remiremont) avec Frédéric Haeuw d'Algora

 

  • « FRANTICAP » - référentiel de français niveau 5 en ligne pour apprentis par Béatrice Fouquet et Catherine Schaming du Groupe CCI Formation 54 (Nancy) : consulter le PowerPoint - 71,8 ko

    Béatrice Fouquet et Catherine Schaming du Groupe CCI Formation 54 (Nancy)

 


Eric Adamus de l’AFPA de Rouen

  • Dispositif d’anglais professionnel en entrées/sorties permanentes par Lilianne Gallo-Steib et Sabine Laurent de CCI Formation 57 (Metz) : consulter le PowerPoint - 101 ko

    Liliane Gallo-Steib et Sabine Laurent de la CCI Formation 57

Cette ½ journée s’est conclue par un échange entre Catherine Schaming (CCI 54), Fréderic Rampion (éducation et formation – Rouen) et Jacques Naymark – consultant ayant accompagné les organismes lorrains - autour du rôle structurant du référentiel de bonnes pratiques en FOAD2 dans le cadre de la recherche action.

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1 Comité scientifique de 3R : Frédéric Haeuw et Michel Lisowski (Algora), Isabelle Cherqui-Houot (Université Henri Poincaré), Jacques Naymark (Savoirs Interactifs), Bruno Cogourdant (Enesad/Cnerta), Emmanuel Journot (Inffolor), Véronique Duveau Patureau

2 référentiel de bonnes pratiques en FOAD BP Z 76-001 publié par l’AFNOR. Cf. documents d’information sur le site du FFFOD : http://www.fffod.fr

 

Après une soirée passée à arpenter les rues de la ville de Metz aux sons multiples de la fête de la musique, les participants se sont retrouvés le lendemain matin pour un programme copieux.

Au menu, les différentes manières dont les régions participantes ont accompagné la démarche : En Haute-Normandie, a été retenue la production en groupe interinstitutionnel d’outils méthodologiques, dont un « guide pour l’intégration des ressources existantes » qui nous a été présenté par Maud Pasquier (Greta de la région havraise) et Laurent Bretot (Afpa de Rouen) - consulter le PowerPoint - 102 ko.

  • En Lorraine, le choix a été fait de proposer un accompagnement via une formation de formateurs centrée sur les différentes étapes de scénarisation puis de médiatisation des ressources en appui des projets pour la Lorraine, animé par Isabelle Cherqui de l’Université Henri Poincaré (Nancy 1) consulter le PowerPoint - 107 ko et Victorien Liberatore de l’Afpa de Longwy et TFS (Téléformation et Savoirs).

Emmanuel Journot d’Inffolor (consulter le PowerPoint - 286 ko) puis Christophe Saunier (Alfa Formation - Vernon) et Dao Mercier (Education et Formation) (consulter les PowerPoints - "parcours" 123 Ko - "mise en convergence" 93 Ko - "reconnaitre des papiers administratifs" 2,4 Mo) puis Bruno Cogourdant (Enesad/Cnerta) (consulter le PowerPoint 226 Ko) sont ensuite revenus sur la délicate question de la mutualisation : les différentes tentatives de mutualisation en Lorraine, la convergence de deux interfaces pour le public Alpha et enfin l’expérience de ERSCE : système national d’échange de scénarios pédagogiques mis en œuvre par l’agriculture.

La matinée s’est conclue par une présentation de deux autres initiatives régionales, celle de Francine Rochefort du centre de technologie nouvelle de Basse-Normandie (consulter le PowerPoint 1,2 Mo) et de Hélène Khouri pour le conseil régional Aquitaine (consulter le PowerPoint 1 Mo).


Une partie des participants

 

La dernière ½ journée avait pour objectif de tirer une synthèse de l’opération 3R et du séminaire et de tenter d’en dégager quelques pistes d’action pour un développement significatif de la FOAD dans les années à venir. Avant cela, deux autres parcours FOAD ont été présentés :

 


Frédéric Haeuw d'ALGORA
Frédéric Haeuw (ALGORA) fut le premier à délivrer un discours de synthèse sur la question des ressources. L’expérimentation 3R amène de ce point de vue les enseignements suivants :
  • Eviter de rendre compliqué une notion complexe :
    Plutôt que d’élargir et ainsi de complexifier la conception de la ressource, il est préférable de simplifier, de clarifier, en considérant la ressource sous l’angle essentiellement formatif. Un des groupes de travail de 3R définit ainsi la ressource comme «tout élément didactique utilisable dans un parcours de formation pour aider l’apprenant dans ses apprentissages et pour faciliter l’action du formateur». Cette définition est complétée par celle du parcours « trajet proposé à l’apprenant pour atteindre un objectif donné» et celle du dispositif «cadre général dans lequel se déroule la formation et qui organise les moyens humains et matériels mobilisés».
    La ressource formative c’est donc schématiquement : un contenu (théorie et exercices, source d’informations pédagogiques) + un support (document, logiciel, site web).
  • La plus value du formateur est plus dans la conception du parcours que dans la conception des ressources :
    sur la question récurrente de la création de ressources originales ou l’intégration de ressources existantes, l’un des effets de 3R a été de distinguer la scénarisation de la ressource, dans sa conception, et la scénarisation du parcours, dans l’agencement des ressources en réponse à un apprenant identifié avec ses composantes cognitives spécifiques. Pour dire les choses autrement en mobilisant la métaphore du théâtre cher à la FOAD, il s’agit de faire comprendre au formateur que le metteur en scène n’a pas besoin, pour être reconnu, d’être aussi l’auteur de la pièce ! La plus-value du formateur est visiblement aujourd’hui dans la création de parcours plus que dans la création de ressources.
  • Rapid e-learning n’a de rapide que le nom :
    Cela dit, Pour des raisons marketing ou concurrentiel le plus souvent, mais aussi parfois parce que les ressources souhaitées n’existent pas, des organismes ressentent la nécessité de produire des ressources propres.
    Pour ce faire, deux solutions existent : la création intégrale de ressources en mobilisant les outils du rapid e-learning et la sous-traitance à un organisme spécialisé dans la médiatisation. Les deux solutions se rejoignent sur un point : la nécessité de mettre en place une organisation rigoureuse, et dégager, dans un cas comme dans l’autre, du temps de scénarisation. Les outils du rapid e-learning n’ont de rapide que le nom, et ne doivent pas conduire à faire l’impasse sur la scénarisation ; de la même manière, une production qui passera par un médiatiseur exigera une grande rigueur dans l’élaboration du cahier des charges de la ressource et des modalités d’aller et retour entre concepteur et médiatiseur. Dans ce cas de figure également, la part d’imagination créative du formateur doit être reconnue, soutenue et valorisée.
  • La mutualisation est-elle possible ?
    3R n’a pas réussi à dépasser ce paradoxe : si la voix du bon sens reconnaît la mutualisation comme la bonne solution, nul ou presque ne la met en pratique, tant parce qu’on a bien du mal à la définir que parce que les difficultés émergent dés les premières tentatives de mises en pratique.
    Est-ce à dire que la mutualisation des ressources est une illusion ? Il semble que l’effet d’appartenance est prépondérant : dans les réseaux constitués, tels que les centres de l’enseignement agricole par exemple, ou ceux du secteur automobile, on bien encore dans les réseaux ou le sentiment d’appartenance à une famille est fort, comme par exemple les APP, il semble plus facile de dépasser la logique concurrentielle pour aller vers la mutualisation que dans le cas d’organismes ayant des histoires et des positionnements différents. Encore faut-il, pour que la logique de concurrence soit dépassée, que le contexte présente des impératifs liés à la survie (une raréfaction du public, un contexte économique difficile…) ou bien encore que les organismes s’entendent sur un défi majeur à relever, tel que, par exemple, offrir à toute demande émanant d’un territoire une réponse sur ce même territoire.
    La condition de réussite est alors de permettre l’articulation des intérêts particuliers à l’intérêt collectif et de passer du concept flou de mutualisation au concept plus opératoire de partenariat. Cela nécessite un projet politique fort à l’échelle d’un territoire, projet qui doit nécessairement émaner des pouvoirs publics sans pour autant oublier que l’innovation ne peut jamais se construire qu’avec les personnes qui produisent le service.

Lire l’intégralité de l’intervention de Frédéric Haeuw

 


Michel LISOWSKI d'ALGORA
Michel LISOWSKI (ALGORA) a ensuite indiqué que selon lui ce que 3R a voulu transmettre comme enseignement, c’est que l’insuffisance d’offre en FOAD est un constat parmi bien d’autres lorsqu’on s’interroge sur les problèmes d'accès à la formation. Il est nécessaire d’élargir la réflexion du pédagogique au politique avec ceux qui sont concernés par la demande et l’offre de formation, le tout sous l’autorité des DRTEFP et des Régions. C’est ce à quoi semblait nous inviter Monsieur POIRIER, DRTEFP de Lorraine lorsqu’il a parlé la veille de faire « ressortir au cours de ce séminaire les difficultés autres que la seule absence de ressources » en ajoutant que les priorités de l’Etat concernaient encore aujourd’hui la formation et que « la loi de cohésion sociale était riche pas seulement d’initiatives pour l’emploi mais également pour la formation ».

Voilà pourquoi des expérimentations comme 3R n’ont de chance d’atteindre leur objectif que s’il y a prise en compte d’une problématique générale sur l’offre de formation dans un axe stratégique mené par les deux instances publiques régionales, entourées d’autres membres du SPE et ceux du monde de l’entreprise comme les branches et les OPCA. Michel Lisowski n’est pas tout à fait convaincu qu’on soit parvenu dans 3R à mobiliser totalement ces compétences multiples. Il est vrai que 3R a été initialement développé dans un contexte de décentralisation où il est très difficile pour chaque acteur de redéployer ses initiatives en fonction des autres acteurs en présence. Mais ce recadrage ne doit pas faire penser que 3R est déjà obsolète. Il est au contraire un cadre d’action bien adapté à une convergence des compétences, même s’il est logique que cela se fasse différemment selon chaque région.

Mais 3R est aussi d’actualité parce qu’il est le résultat des acquis sur ce qui s’est fait par le passé en matière d’appui public au développement de ressources FOAD. Michel Lisowski cite la Bretagne comme bel exemple de collaboration Etat/Région mais avec des difficultés d’utilisation dans les P@T. Il rappelle l'expérimentation du réseau des APP avec la plateforme REACT en Franche Comté, DIFADIF en Ile de France. La Champagne Ardennes avec IRIS bouquet des savoirs. PACA avec la plateforme régionale TELEFORM. Il termine avec l'exemple un peu unique de Midi Pyrénées (Pyramide) : 250 000 heures annuelles de formation à distance.

3R est aussi le résultat sur ce qui s’est fait par le passé en matière d’actions publiques de formation de formateurs et de professionnalisation des acteurs. Avec Autofod (programme ADAPT) dans de nombreuses régions. Près de 700 formateurs concernés en 1998/1999/2000 ; la Basse Normandie et le programme FORE I – 2002 ; Formavia en Rhône Alpes depuis plusieurs années et enfin l'exemple spécifique de TUTOFOP (Agriculture). Michel Lisowski a conclu en invitant les participants à s’interroger sur un modèle d’implication et de collaboration Etat/Région à concevoir pour l’avenir en fonctions de ces expériences passées et des apports de 3R.

 


Philippe Morin, Directeur d'ALGORA

C’est Philippe Morin, Directeur d'ALGORA, qui s’est attelé à cet exercice délicat. en soulignant les points suivants :

  • le paradoxe entre le "succès" rencontré par le séminaire et les difficultés éprouvés depuis 2 ans pour structurer pratiquement cette recherche.
  • entre les discours d'experts et ceux des praticiens (entendus au cours du séminaire), on n’entend pas beaucoup les discours des décideurs, notamment de ceux en position de pilotage des organismes de formation, dont on sait pourtant qu'il est déterminant.
  • le côté très hétérogène du monde de la formation aujourd’hui, ce qui rend la généralisation de l’approche difficile.
  • le décalage entre les intentions de travail collectif présentes à l'origine de 3R (cf discours sur la "mutualisation") et la réalité de la valeur ajoutée de la dimension collective (qui relève davantage de l'émulation que du travail coopératif).
  • cette recherche-action a confirmé les leçons d'autres expériences du passé quant au modèle d'intervention à adopter : pour faire simple, travailler avec les gens en situation au sein de leurs contextes et de leurs organisations sur des projets concrets et validés par leurs directions et non faire de la formation formateurs "académique".

Philippe Morin a annoncé qu’une publication des travaux aurait lieu ce qui permettra de capitaliser les conclusions de 3R qui pourront s’avérer utiles pour d’autres initiatives à l’avenir.

L’avenir qui, selon Philippe Morin, passe par la mise en place des conditions d’une politique intelligente d’innovation. Une des questions cruciales étant le financement de ce travail d’innovation en fonction de l’absence quasi-générale d’une fonction Recherche/Développement dans les organismes de formation. Ce qui suppose une vraie réflexion sur les modes d’intervention des politiques publiques.

Lire l’intégralité de l’intervention de Philippe Morin

 


Nadine KEBE, Chargée de mission
DGEFP

Nadine Kébé déclara d’emblée le grand intérêt qu’elle avait pris à suivre ces travaux en étant particulièrement sensible à la franchise des discours des intervenants.

Elle annonça ensuite être confortée sur deux points :

  • L’utilité du référentiel de bonnes pratiques en FOAD comme élément structurant des projets de FOAD. Cela dit, les participants ont lors du séminaire souligné qu’un effort d’appropriation était nécessaire et parfois ardu. Nadine Kébé a donc souhaité la mise en place d’un accompagnement de l’utilisation du Référentiel de Bonnes Pratiques.
  • Même si 3R lui paraissait trop complexe au départ, elle a pu mesurer lors du séminaire que l’opération avait produit des effets significatifs ce qui est donc un motif de satisfaction.

Nadine Kébé a ensuite énoncé trois grandes questions qui restent aujourd’hui en suspend et qui peuvent être des pistes de travail pour l’avenir :

  1. Comment passer d’une logique d’expérimentation à une logique de production significative ? Quelles sont les stratégies managériales des organismes de formation par rapport à la FOAD ? Quel rôle pour les grands opérateurs : GRETA/AFPA/CNED/AGRICULTURE ? Les freins et leviers autour de la mutualisation sont dans ce contexte à creuser.
  2. Comment développer l’offre de formation ? Comment informe t-on, notamment les prescripteurs de formation ? Comment intéresse t-on les financeurs de formation ? Comment convaincre les utilisateurs, notamment les entreprises et leurs relais (OPCA) de la qualité des modalités pédagogiques proposées par la FOAD ?
  3. Comment peut on articuler la FOAD dans le plan de cohésion sociale ? Quels liens avec la DIF ? Avec la VAE ?

Quel avenir pour le programme FORE ?

Pour conclure, Nadine Kébé a relié son discours au programme FORE qui conservera une ligne budgétaire en 2006. Elle a notamment confirmé que dans le contexte de transferts de compétences vers les conseils régionaux, l’Etat continuerait à jouer son rôle :

  • en accompagnant l’innovation : notion de Recherche/Développement,
  • en veillant à l’égalité d’accès de tous les citoyens à la formation sur l’ensemble du territoire.

Dans ce contexte et en fonction également du nouveau paysage législatif, la DGEFP a besoin de s’interroger avec les acteurs régionaux et les partenaires sociaux sur la posture à adopter pour accompagner le développement de la FOAD sur les territoires. C’est la raison pour laquelle, la DGEFP a confié au Forum Français pour la Formation Ouverte et A Distance (FFFOD) l’organisation de rencontres de travail sur ce sujet. Pour alimenter ce groupe de travail, Nadine Kébé a invité les participants à 3R à continuer à alimenter Algora pour permettre de publier un bilan complet et précis de cette recherche-action. Elle a également appelé les acteurs à faire des propositions aux membres de ce groupe de travail. Pour la Lorraine : Jean-Louis Schumacher (DRTEFP) et Emmanuel Journot (Inffolor

 

 

 

Ejournot@inffolor.org

En Lorraine, la recherche action 3 R bénéficie du soutien financier du Fonds Social Européen