Au-delà de la formation initiale, la formation continue apparaît de plus en plus comme indispensable tout au long de la vie. Comptez-vous prendre des initiatives dans ce domaine ?
"Mon prédécesseur William Marois avait mis en place, il y a 2 ans, les comités locaux pour la formation professionnelle.
Leur existence a permis de faciliter les contacts entre les entreprises et les établissements de l'Education Nationale d'une même zone : avec pour finalité d'offrir à tous une formation initiale plus adaptée, qui puisse déboucher sur une insertion professionnelle plus facile.
Au niveau de la formation continue, ce travail en commun est réalisé depuis longtemps déjà, grâce aux GRETA.
Nos établissements sont trop petits pour faire face aux besoins de formation continue ; il faut donc qu'ils se fédèrent. Là encore, il faut travailler ensemble, pour répondre aux besoins de l'entreprise. D'autant que nous sommes aujourd'hui dans une phase de mutation de la formation continue : après une période de traitement social du chômage reposant sur des actions renouvelées et des équipes stables, on se trouve face à un certain désengagement de l'Etat, avec des régions qui ont des priorités bien identifiées et des entreprises qui préférent recruter des jeunes plus diplômés.
Les besoins de formation continue en sont changés : j'ai le sentiment qu'on nous demande d'être plus pointus, plus performants et plus adaptables."
Souhaitez-vous poursuivre les initiatives prises en région, avec le concours du rectorat, pour la promotion des métiers au travers des manifestations ponctuelles ?
"Ces grandes manifestations sont nécessaires. Il faut qu'il y ait chaque année, ou tous les 2 ans, des moments-phare où on tente de faire une grande fête de l'école et de l'entreprise. Mais ça n'a de sens que si elles s'inscrivent dans toute une démarche, préparée avec les professeurs, liée aux stages ou aux périodes d'activité de formation en entreprise. Ca doit être un processus permanent, tout au long de l'année, et pas seulement durant trois jours.
Par ailleurs, il y a aussi une action à mener avec les enseignants : par le passé, on recrutait pour nos lycées techniques et professionnels des gens issus des professions, qui devenaient enseignants dans une seconde période de leur vie.
Aujourd'hui, avec la montée en niveau du recrutement, on recrute beaucoup d'enseignants qui ne connaissent, du monde de l'entreprise, que les quelques stages qu'ils ont pu y faire.
Il y a là un travail de fond à conduire sur les jeunes générations de professeurs des lycées techniques et professionnels, pour qu'ils puissent approfondir leurs connaissances sur la vie dans l'entreprise.
Réciproquement, il est très positif qu'un lycée technique puisse mettre à disposition de son environnement l'ensemble de ses équipements de qualité, afin de faire des études ou de mettre au point des prototypes. Au delà des questions d'éthique et d'organisation à surmonter, il est intéressant que les lycées techniques aident les entreprises en termes d'innovation, comme c'est déjà le cas en milieu universitaire ou en sections de techniciens supérieurs, avec les contrats de recherche appliquée."
Ces derniers jours, on a beaucoup parlé de l'Université franco-allemande, quelle est votre opinion sur le sujet ?
"L'important, c'est qu'elle existe, et que la Lorraine en soit un partenaire privilégié. Quant à son implantation - en tout cas, pour son administration centrale - il faut qu'elle soit faite en Lorraine ou très près de chez nous.
Au niveau européen, nous n'existons qu'en tant qu'entitée régionale, avec nos 65 000 étudiants.
Il nous faut un corps enseignant bilingue, qui puisse développer un enseignement bilingue. C'est par lui que passera l'épanouissement de la vocation européenne de la Lorraine, avec la proximité de l'Allemagne et au coeur de l'Europe (donc l'allemand mais aussi l'anglais).
Je ne souhaite pas recruter des Lorrains, qui n'ont fait d'études qu'en Lorraine, et qui n'enseigneraient qu'en Lorraine. Sur les 1 000 nouveaux professeurs que me fournit l'IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) chaque année, j'aimerais qu'au moins un dizième d'entre eux fasse 1 an d'études à l'étranger, avant de rentrer dans le système éducatif. Nos étudiants peuvent très bien le faire, juste après leur licence et leur première année à l'IUFM, après avoir passé leur concours : des enseignants pré-recrutés ont ainsi toute liberté d'étudier leur discipline à l'étranger, dans la langue du pays d'accueil, pour revenir ensuite dispenser un enseignement bilingue.
Pour nos enseignants des lycées techniques et professionnels, ça pourrait aussi se faire à l'occasion d'un stage dans une entreprise étrangère, ou dans la filiale étrangère d'une entreprise française. C'est là aussi une bonne manière de développer la compétence linguistique.
Je serais très satisfait de pouvoir déclencher un tel processus."
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