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LE CLAP : UN APPUI A LA LUTTE CONTRE L'ILLETTRISME

S'exprimer, se revaloriser, se remettre en confiance, trouver le chemin de la réussite, découvrir le plaisir de la lecture et de l'écriture telles sont les sensations éprouvées par des personnes bénéficiant d'actions de lutte contre l'illettrisme.
A ce titre,
"Objectif Formation" vous présente des initiatives originales et régionales à travers différents témoignages : "Les Défis de l'Ecriture" et "La lutte contre l'illettrisme en milieu pénitencier".
Deux dynamiques soutenues par le CLAP Lorraine. (Centre Lorrain d'Appui Pédagogique
et d'Accompagnement de Projets).



La lutte contre l'illettrisme en milieu pénitencier

Témoignage de Lucien KAAS, animateur de l'Atelier d'Ecriture à la Maison d'Arrêt de Sarreguemines.

Si l'illettrisme est un phéno-mène massif et préoccupant dans notre société, il l'est encore plus en prison. Plus nombreux qu'en milieu libre, les illettrés voient redoubler en prison les effets d'exclusion de leur handicap.
Aux murs de la prison, l'illettrisme ajoute un enfermement supplémentaire. En prison, l'écrit est quasi indispensable pour maintenir le lien avec l'extérieur, avec les familles, mais aussi pour formuler les demandes (de soin, de visite, de travail...) et pour exercer certains des droits reconnus aux détenus.

Pour avoir constaté que les détenus qui ont le plus besoin de formation sont ceux qui ont le plus de mal à formuler une demande de formation d'enseignement et de difficulté à accéder aux actions existantes, nous n'attendons plus d'eux une démarche personnelle pour une inscription aux activités, mais nous les voyons tous individuellement dans les jours qui suivent leur incarcération.

Lors de cet entretien, nous recueillons des renseignements sur leur situation scolaire, familiale et professionnelle. Nous leur faisons passer un test pour repérer les illettrés et nous leur proposons les activités auxquelles ils peuvent participer.

Le détenu qui n'adhère à aucune activité doit devenir l'exception.

Nous leur signalons l'existence de cours de remise à niveau à différents degrés et les inscrivons directement s'ils le souhaitent, pour les plus faibles en cours d'alphabétisation, pour d'autres à la préparation au certificat de formation générale et même au Brevet des Collèges.

Nous leur proposons des activités culturelles et sportives, des formations professionnelles.
Nous les invitons à fréquenter la bibliothèque, à suivre une initiation à la peinture artistique ou une formation en informatique et bien sûr à s'inscrire à notre atelier d'écriture.

Cet atelier accueille les volontaires de tout le milieu pénitentier, une matinée par semaine.

Nous voulons initier au désir d'écrire ceux pour qui l'écrit représente trop souvent un acquis inaccessible.

Nous voulons leur faire découvrir que l'écriture est une source de plaisir, d'imagination et de créativité et qu'elle permet d'exprimer leur identité et leur sensibilité propre.
Nous abordons tous les types d'écrit, cela va du récit de vie au récit imaginaire, de la lettre personnelle au courrier administratif et à la poésie.
L'atelier d'écriture est un lieu où les gens aiment à se rencontrer pour parler, pour écrire, pour s'écouter et s'apprécier. On y vient pour jouer avec les mots et oublier le temps d'une matinée la détention.

La proclamation du palmarès du concours des Défis de l'Ecriture est toujours attendue avec impatience par nos participants et même s'ils ne sont pas lauréats, ils apprécient beaucoup le certificat attestant de leur participation au concours et leur joie est grande si leur texte est publié dans le Recueil d'Ecrits édité par le CLAP Lorraine.

Pour confirmer ces propos, je voudrais vous dire qu'un détenu participant au concours l'année passée et libéré entre temps m'a adressé très récemment une lettre pour me redire combien il était fier de la publication d'un de ses poèmes dans le recueil du CLAP, intitulé "Les mystères de la rivière". De plus, il s'apprêtait à me soumettre un nouveau conte qu'il venait d'écrire.

Avec ce bel exemple de courage, de persévérance et de réinsertion réussie, se termine la visite de notre Atelier d'Ecri tures de la Maison d'Arrêt de Sarreguemines.

Les Défis de l'Ecriture
(lancement de la prochaine édition début mars 1998)*


Pourquoi un concours ?

Les Défis de l'Ecriture répondent à plusieurs motivations :
Pour Fabien JANIN, lauréat en 96-97 de ce concours (Imer Lunéville, Formatrice : Marie-Florence ARTAUX) :
"ECRIRE, c'est comme un médicament, mais plus efficace parce que çà permet de parler de nos problèmes, de dire des mots qu'on n'ose pas dire en face.
ECRIRE, c'est sortir de sa prison solitaire, sortir de sa prison d'esprit, ne plus avoir peur des autres. Participer au concours d'écriture, c'est une expérience où on ne sait pas ce qui va se passer. On se demande si son texte va plaire aux autres. Moi, quand j'ai été lauréat, j'ai été surpris, j'étais fier d'avoir été choisi. Au début, j'étais inquiet d'être devant tout le monde".

* Soutien financier du F.A.S., de la Région Lorraine et des 4 départements.

Animer un atelier d'écritures

Des formations de formateurs et accompagnateurs bénévoles sont organisées en relation avec les centres départementaux de Ressources contre l'illettrisme.

Objectif de l'atelier

>comment à partir de mises en situation, déclencher l'écriture chez les personnes en situation d'analphabétisme ou d'illettrisme.

CONTACT
CRIL 54
Tél. : 03 83 97.01.34
CRDI 88
Tél. : 03.29.31.03.23
Centre de Ressources
contre l'Illettrisme 55
Tél. : 03.29.79.81.57
CRCI 57
Tél. : 03.87.36.40.74
CLAP LORRAINE
78 Boulevard Foch 54520 LAXOU
Tél. : 03.83.28.90.78


Le défi de Frédéric

Propos recueillis par Myriam WEBER-HEULY (animatrice d'un atelier d'écritures à Nancy) auprès de Frédéric BAILLY, lauréat 1996 des Défis de l'Ecriture - catégorie Témoignage - et auteur de nombreux textes.

De quand datent vos premiers écrits ?

Avec le journal Lib'Express (ALASA - Foyer de la Libération), vous m'avez encouragé à créer des textes : d'abord une recette de cuisine, la tarte Tatin, puis des écrits sur mon Midi natal. Cela m'a plu, ça sort du coeur. C'est ma vie, mon petit coin de paradis.

Où cherchez-vous votre inspiration ?

C'est à chaque fois une histoire vécue. Ma vie m'apporte beaucoup, la galère, le décès de ma mère... Chacun fait sa vie. Ça me fait plaisir d'exprimer tous ces sentiments du fond de moi.

Que ressentez-vous en découvrant vos pensées écrites et signées ?

C'est comme un bouquin. Ce sont des choses vécues par moi, que tout le monde ne voit pas C'est une façon d'atteindre les autres, de les toucher, de leur montrer que ceux qui ont l'air moins bien qu'eux, ils peuvent faire aussi bien qu'eux.

L'écriture a-t-elle modifié votre vie ?

Ça m'a beaucoup changé. J'arrive à mieux m'exprimer, à comprendre les gens. De l'écriture, je suis arrivé au théâtre ("Va savoir la vie" au Théâtre de la Manufacture de Nancy), car un texte doit être dit et exprimé, pour montrer sa joie ou sa tristesse.
L'écriture, c'est ma peau, c'est mon coeur, j'aimerais continuer à écrire. Mais je préférerais écrire mes textes moi-même. Pour le moment, je les dicte. Le plaisir serait plus important et je pourrais prouver que je sais lire. Mais j'ai peur de faire beaucoup de fautes.

Que pensez-vous du concours "Les Défis de l'Ecriture" ?

C'est très bien car les gens découvrent la vie des autres, la vie tout court. On peut tout écrire ; moi j'aime raconter les histoires du Midi. Le concours m'a permis de le faire. Quel plaisir de lire mon texte quand il est écrit ! Grâce au concours, on ne mettra pas un "l" majuscule sur le dos de chaque illettré. Mes textes, j'aimerais les donner à tout le monde, aux enfants en particulier.


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