UN EXEMPLE A SUIVRE ...


“Acquérir les compétences aujourd’hui pour être performants demain.”

ELVA, P.M.E. spécialisée dans la négoce d'outils de fixation pour le bâtiment du second oeuvre, est implantée dans la commune de Fains-Véel en Meuse.
Philippe Vuillermaux, son P.D.G., s'est lancé dans l'aventure de la création d'entreprise fin 94. S'il reconnait que la réussite de sa société est le fruit d'une grande dépense d'énergie de la part de son personnel, il désire aujourd'hui, avec ses 17 salariés, franchir une nouvelle étape : professionnaliser sa société. C'est pourquoi l'entreprise est en train de finaliser un EDDF (Engagement de Développement De la Formation), qui en 2 ans correspondra à près de 400 heures de formation par salarié.



C'est assez rare qu'une petite entreprise s'engage dans un plan de formation aussi important ?
Philippe VUILLERMAUX
: Oui, cela fait partie d'une logique par rapport à l'évolution de l'entreprise.
Avant de créer mon entreprise, j'étais commercial dans un gros groupe allemand.
Au bout de 10 ans, j'avais une vision de l'entreprise totalement différente de mon patron. Je contestais le système, l'organisation. Lors d'une discussion, mon DRH m'a dit : "lorsque les chaussures sont trop petites, il faut en changer". Ce fut le déclic qui m'a poussé à créer ma propre entreprise en décembre 94.


Toute une gamme d’outils de fixation pour le bâtiment.
Pendant 2 ans, notre réussite n'était liée qu'à notre dépense d'énergie, mais le fait est qu'en tant que chef d'entreprise, ayant toutes les pressions, je m'y prenais assez mal en terme de management.
Au bout de ces deux années d'activité, il fallait donc que je trouve un collaborateur capable de me décharger de l'administration directe des salariés pour que je puisse me consacrer complètement au développement de l'entreprise.

Mon choix s'est porté sur France Michaut (Maîtrise en Ressources Humaines et DESS certificat d'aptitude à l'administration des entreprises). Elle correspond exactement au profil que je recherchais, capable de traiter tous les problèmes internes et de gérer tout ce que je ne maîtrise pas. Sa vision de l'entreprise est différente de la mienne, mais nous sommes complémentaires. Aujourd'hui, j'ai le sentiment de partager le poids de l'entreprise avec elle, je n'ai plus toute cette pression. Cette rencontre fut la première étape dans l'évolution de l'entreprise.


France Michaut présente les 5 dossiers composant le plan de formation.
France MICHAUT : A mon arrivée, le personnel était composé de personnes volontaires. Pour la plupart, il s'agissait d'un premier emploi et chacun prenait son poste de façon pragmatique, construisait son activité de manière empirique et c'est par l'énergie de chacun que l'entreprise fonctionnait.

P.V. :
En simplifiant, le mot d'ordre était pour tous : faites ce que vous avez à faire pour cette entreprise et faites en sorte qu'elle marche. Et cela marchait !
Aujourd'hui, l'entreprise a besoin de passer à une autre étape. Il y a un réel besoin de se structurer. Cela se sent dans nos réunions de travail.
C'est un véritable challenge parce qu'il s'agit de professionnaliser un personnel qui a toujours travaillé " à l'énergie ". Mais la vision de l'entreprise reste la même : un ensemble de pièces impliquées où chacun doit trouver son compte.
Jusqu'à maintenant, aucun poste n'était verrouillé correctement, ni en terme de logistique, ni en terme de techniques ou de stratégie... Aujourd'hui, grâce à France qui a réussi à mieux structurer l'entreprise, chacun des 17 salariés se trouve au bon poste, ce qui permet d'investir dans la formation. Nous sommes en train de finaliser un EDDF sur lequel France a beaucoup travaillé. C'est notre prochaine étape d'évolution.

En quoi consiste ce plan de formation ?
F.M. :
Il s'agit d'une formation sur 2 ans qui se fera en interne et en externe. Elle concerne chaque personne de l'entreprise, qu'elle soit sédentaire ou commerciale. Le but étant de professionnaliser la société. C'est un besoin et une véritable volonté. Nous sommes une entreprise jeune dans tous les sens du terme (nous existons depuis 4 ans et la moyenne d'âge tourne autour de 30 ans).
D'une manière générale, l'EDDF permet aux entreprises de substituer à une obligation financière légale, une obligation contractuelle fixant des objectifs de formation qui doivent correspondre aux orientations prioritaires de l'Etat. Nous allons dans ce sens au niveau régional puisque notre but est de développer les qualifications et de valoriser les compétences de chacun. Nos objectifs s'orientent vers 2 types de formation, représentant environ 400 heures par salarié sur 2 ans. La première, axée sur les commerciaux a pour but de développer la politique commerciale et le management commercial ; la seconde, axée sur les sédentaires concerne l'organisation et la connaissance de chaque métier. Si on prend par exemple les magasiniers, après une formation pratique, sur le terrain, ils auront une formation théorique qui leur apportera des outils de gestion. Il ne leur restera plus qu'à mettre en application dans leur travail ce qu'ils auront appris théoriquement.

Pour nous, l'EDDF, cofinancé par la région et l'Europe permet à notre entreprise, en participant à hauteur de 20 % du coût global (salaire compris) de mettre en place un programme de formation sur 2 ans que nous n'aurions pu supporter sans aide ou subvention.

Pour vous et votre entreprise, il s'agit d'un d'investissement lourd ?
P.V. :
Bien sûr c'est un investissement mais si on n'en est pas certain, il ne faut pas s'engager dans ce sens. Certains chefs d'entreprise considèrent la formation comme une perte de temps. Je ne vais pas essayer de les convaincre du contraire.
Pour bien cibler la formation, il est nécessaire de connaître les besoins réels.
Pour moi, la formation doit d'abord être une volonté du chef d'entreprise et de son personnel : la personne qui a une approche négative et fermée, n'apprendra rien de la formation qu'il aura reçu et aura l'impression d'avoir perdu son temps. En revanche, au sein de mon entreprise, c'est un moyen d'enrichir notre potentiel pour le bénéfice de l'entreprise. Chacun y voit une manière de progresser et logiquement de faire progresser l'entreprise. Ce sera en quelque sorte le retour sur investissement.

Mettre ses commerciaux en formation, n'est-ce pas prendre le risque de voir les commandes diminuer ?
P.V. :
Non, car je reste persuadé que le temps passé en formation nous permettra de gagner en productivité. Nous serons plus professionnels, plus performants et nous gagnerons du temps. Alors il n'y a pas à hésiter. En plus le fait de gagner du temps rejoint mon idée et ma volonté de passer aux 35 heures.

Les 35 heures, c'est un moyen de bénéficier du plan de formation ?
P.V. :
Non, il n'y a pas de relation de cause à effet. Les 35 heures, c'est pour moi un engagement. Je me suis rendu compte qu'il fallait penser le travail autrement. C'est l'économie qui doit être au service de l'homme et pas le contraire.
C'est pourquoi je me suis inscrit au CJD (Centre des Jeunes Dirigeants). J'y ai créé une nouvelle section en septembre sur Bar-Le-Duc et depuis peu j'ai pris la Présidence de la section Bar-Le-Duc/Saint-Dizier pour 2 ans. Actuellement, nous réfléchissons sur la faisabilité de la mise en place des 35 heures.
Les mesures à prendre concernant la réduction du temps de travail sont délicates surtout dans une entreprise comme la mienne par exemple où se côtoient commerciaux, administratifs et chauffeurs-livreurs.

Mais j'ai l'impression que cette réduction du temps de travail est légitime. Nos grands-parents travaillaient 60 heures puis on est passé à 50 et 39 aujourd'hui alors pourquoi pas 35 demain ?
Il faut savoir ce qu'on peut mettre en place, de quelle manière, et ne pas aborder le problème en ne voyant que le côté " entreprise ". Il faut penser " société " : on va donner du temps aux gens, à eux de savoir le gérer.

Comment vous voyez l'évolution de votre entreprise ?
P.V. :
Il faut acquérir les compétences aujourd'hui pour être performants demain.
Aujourd'hui, j'imagine les besoins de chacun par rapport à l'entreprise parce que dans deux ans, j'espère avoir un personnel plus qualifié, qui aura gagné en productivité et qui travaillera 35 heures. Cela reste mon engagement parce que le véritable capital de mon entreprise, c'est le capital humain et je souhaite tout faire pour le préserver et le faire progresser.

AEL


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