PSA PEUGEOT CITROEN LES SALARIES : FORMÉS ET FORMATEURS

ersonne n'est plus compétent et proche du terrain qu'un salarié de l'entreprise. Partant de ce constat, le centre de formation PSA Peugeot Citroën de Metz-Borny a développé un nouveau concept : chaque salarié formé peut un jour devenir formateur.
Serge Simonelli, Directeur du centre de formation de Metz-Borny et Nathalie Cablé-Marin qui lui succédera prochainement ont une priorité pour former en permanence le personnel des usines de Metz-Borny (spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses) et Trémery (spécialisée dans la production de moteurs essence et diesel 4 cylindres) : utiliser toutes les compétences sur le site pour coller au terrain.


Quels types de formations sont mis en place ?
Serge SIMONELLI : PSA Peugeot Citroën a opté pour la formation modulée, en individuel ou en petits groupes et en petites sessions.
Il s'agit de formations stratégiques et diffuses. Aujourd'hui, le gros système touche la stratégie de groupe, autour de trois directions :
- la nouvelle organisation du travail : les U.E.P. (Unités Élémentaires de Production),
- l'économie d'entreprise et générale,
- les Méthodes de Résolution des Problèmes (M.R.P.) : développement d'une méthodologie par rapport à une quelconque anomalie, avec recherche des causes.
Le centre met l'accent sur toutes les formations liées à la qualité. Le but étant d'apporter une grosse connaissance pour supprimer les problèmes liés à la qualité et éviter les malfaçons. Nos formations sont donc à 75% techniques.

Comment s'opère le lancement d'une formation ?
S.S. : Tout d'abord, on essaie d'avoir les compétences sur le site. Les formateurs de notre centre sont des personnes issues de l'atelier. Après avoir passé un contrat moral de 3 à 5 ans avec le centre, ils vont suivre une formation de formateur d'environ 6 mois, sur la pédagogie et sur les modules qu'ils auront à enseigner. Notre objectif est de former des personnes qui seront de vrais pros et surtout des personnes qui collent au terrain. Avant d'être labellisé, chaque formateur suivra dans un premier temps une formation en cabinet extérieur ; dans un second temps, il animera plusieurs séances sous le couvert d'un formateur qui le corrigera. C'est seulement à l'issue de ces séances qu'il sera labellisé et qu'il pourra transmettre ses connaissances techniques ou générales sur des éléments nécessaires au bon fonctionnement des ateliers dont il fait partie.

Pourquoi choisir des personnes issues des ateliers comme formateur ?
S.S. : Nous avons besoin de personnes qui collent au terrain, et personne ne peut mieux le faire qu'un chef d'atelier ou un cadre de l'usine.
Faire de la formation n'est pas une fin en soi mais cela apporte de l'assurance, des connaissances supplémentaires.
Pour être un bon formateur, il est nécessaire de savoir ce qui se passe sur le terrain pour répondre aux besoins du terrain. Un formateur qui enseignerait chez nous depuis 10 ans et ne ferait que cela serait éloigné depuis trop longtemps du terrain pour en connaître la réalité. Il serait préférable pour lui de se spécialiser dans un domaine et de travailler pour un cabinet extérieur.

Vous arrive-t-il de faire appel à des cabinets extérieurs ?
S.S. : Oui, pour former les noyaux durs. Le milieu automobile est un milieu dans lequel l'évolution technologique est rapide et permanente. Cela induit un besoin de formation. Notre mission est d'accompagner efficacement tous les nouveaux projets, mais pour cela, nous devons agir, en terme de formation, au moins un an avant que le nouveau produit ne démarre. Toutes les actions de formation, induites par l'arrivée d'un nouveau produit doivent être anticipées. Elles sont souvent assurées par le fournisseur lui-même, puisqu'il est le seul à détenir le savoir. Nous sommes donc obligés de faire appel à leur système de formation pour être compétents sur la nouvelle technologie.

Par exemple, sur le moteur HDI (moteur diesel à injection directe haute pression " common rail ") qui représente une technologie nouvelle, notre spécialiste motoriste a été le premier capable d'enseigner sur ce moteur, mais a été lui-même formé, un an avant. Nous avons mis en place tous les moyens pour qu'il soit le mieux formé. Ainsi il est parti suivre une formation en Allemagne, avec un traducteur, puisque l'intégralité de la formation était en allemand. C'est un investissement individuel mais le retour est immédiat : notre spécialiste moteur devient formateur et transmet ce qu'il a appris à des personnes au sein de notre centre de formation. L'investissement initial est rentabilisé par la transmission de connaissance.

En règle générale, toute mise en place de formation nécessite une étude pour garder un équilibre financier. Selon le nombre de personnes à former sur le site (sachant qu'une formation technique équivaut à 40 KF), nous déterminons s'il est préférable d'acheter une formation ou de la mettre en place, en interne. Nous privilégions la formation diffuse.

En quoi consiste la formation diffuse ?
S.S. : Avec le temps, on oublie ou on ne sait plus, le centre a pour rôle de réinjecter du savoir et du savoir-faire, en relançant des modules de formation courts (3 ou 4 heures) sur des points précis. Généralement ce sont les chefs de secteur de production de chaque usine qui nous recensent leurs besoins. Notre mission est de monter un stage de 3 ou 4 heures dans lequel on formera les premiers qui prendront la relève et enseigneront à leur tour. C'est ce qu'on appelle la formation diffuse.

En fait, chacun passe du rôle de formé à celui de formateur !
S.S. : Si chacun garde ses connaissances et son savoir, l'entreprise ne peut avancer. Chaque personne -peu importe son niveau hiérarchique- apporte sa contribution dans la formation.
Certaines formations ne passent pas par des formateurs, mais se font directement dans les ateliers, par un professionnel, un agent de maîtrise ou un cadre, mais sur le terrain, en parfaite connaissance du produit.
Par exemple, " comment démonter un moteur ? ". Cela représente 2 heures, très courte formation mais rééditée régulièrement, elles permettent à tous de les assimiler. Ce type de transmission sur le terrain vaut de l'or.

Et cela conforte la démarche qualité ?
S.S. : Bien sûr. une fois que vous avez expliqué à une personne comment fonctionne, par exemple une boîte de vitesse, elle sera capable de repérer une anomalie. Tous les systèmes de détrompeurs actuels, même s'ils sont très performants, ne remplaceront jamais la conscience professionnelle ou l'oeil. Un mécanisme ne voit pas tout, alors qu'une personne qui possède la connaissance du produit est à même de voir et de dire où est l'anomalie.

La formation est ainsi directement liée au management de l'entreprise...
S.S. : Notre objectif est d'utiliser toutes les compétences -aussi multiples soient-elles- présentes dans les ateliers.

C'est la philosophie du groupe PSA. Chaque chef d'équipe est ainsi au coeur du management : en plus d'être le chef de son secteur, il est formateur.

Au premier degré, nous mettons en place des formations par rapport à un besoin, au second degré, nous utilisons la formation comme outil de management. Chacun étant formateur, cela permet une cohésion grâce à une prise de conscience forte.

AEL


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