Cap VERS UNE RÉNOVATION

Le Certificat d'Aptitude Professionnel (CAP) a pris des formes différentes selon l'époque et voit varier sa place dans l'offre de diplômes comme dans le système d'emplois. Il montre aujourd'hui encore toute sa pertinence comme première qualification permettant d'accéder à certains emplois et de ce fait ressurgit dans les priorités du ministère, pour être reconstruit, relégitimé et même relancé dans les lycées professionnels.


Contre vents et marées le CAP résiste à toutes les critiques dont il a fait l'objet au cours de son histoire.

Au fil du temps, le CAP 1 est fortement controversé et pourtant l'observation de son histoire montre que des mouvements de création/rénovation du CAP ne se sont jamais interrompus au cours des années, même lorsque de lourdes menaces pesaient sur son avenir..
Fabienne Maillard 2 distingue trois grandes périodes dans l'histoire des CAP, montrant comment il s'est adapté à la "modernité" :

-De 1944 à la fin des années 60 la période est marquée par la multiplication de CAP très orientés sur des métiers conçus en fonction d'une division du travail très rigide. La durée de vie des diplômes créés à cette époque est très longues (20 à 30 ans). Le système éducatif essaye de répondre à l'évolution des emplois par un nombre important de créations et de suppressions, mais il envisage peu de rénover les contenus de formation.

-La décennie 70 est celle de l'actualisation et de la croissance du CAP qui n'a jamais rassemblé autant d'élèves (475 000 élèves en 70/71, ils ne sont plus que 123 000 en 1999) alors que la création du BEP en 1966 devait accompagner sa disparition.
La formation en CAP devient une voie de scolarisation, mais déjà il est dénoncé comme une voie de relégation. C'est à la fin des années 70 lorsque le chômage s'intensifie et commence à être considéré comme un problème que la valeur du CAP est sérieusement remise en question et pourtant c'est à cette époque qu'apparaissent les diplômes les plus innovants par rapport à l'histoire du CAP. Des spécialités sans lien avec la notion de métier sont créées et l'idée de polyvalence apparaît dans certains intitulés.

-A partir de 1984, une politique systématique de rénovation des diplômes est engagée afin que tous les 5 ans l'ensemble des diplômes professionnels soient modernisés.
Fabienne Maillard relève l'ambivalence de la politique à l'égard du CAP qui disparaît des lycées professionnels à partir de 1990 au bénéfice de l'apprentissage qui reste largement dominé par le CAP alors que les mouvements (création - suppressions - rénovation) s'accélèrent.
Controversé, de plus en plus identifié à un diplôme pour les jeunes en grandes difficultés, discrédité parce qu'il clôt un cursus de formation jugé désormais trop court, confronté au baccalauréat professionnel, le CAP voit sa pertinence contestée par les professionnels et leurs représentants aux CPC comme par les acteurs du système éducatif.

Des transformations radicales interviennent pendant la dernière décennie : plusieurs CAP sont supprimés après quelquefois très peu d'années d'existence parce que les emplois auxquels ils correspondent tendent à disparaître ou changent de nature (ceux des industries textiles, du secrétariat et de la comptabilité Š).
De nouveaux diplômes intégrant une logique de compétences sont créés et qui ont peu de caractères communs avec les CAP construits sur l'ancien modèle des métiers.

La place du CAP se réaffirme

Malgré son ancienneté et son histoire mouvementée, le CAP garde sa place de diplôme de référence. Ainsi, c'est le diplôme le plus souvent cité dans les grilles de classification (Jobert, Tallard, 1997) ; il demeure bien présent dans les dispositifs de reconnaissance du premier niveau de qualification dans l'entreprise.

Il apparaît également en bon rang dans les opérations de validation des acquis professionnels des publics adultes salariés. Il reste la préparation la plus répandue dans l'apprentissage, signe apparent d'un attachement maintenu du monde professionnel à ce diplôme, et ce malgré l'attitude de rejet de certaines branches 3 .
Il est ouvert à différentes catégories de populations (élèves, apprentis, diplômés de l'enseignement général, adultes, cf. encadré) pour lesquels il revêt des usages multiples aussi bien en tant que formation que certification.

Cependant, ce diplôme, défini par des textes anciens, souffre d'un manque de lisibilité de sa finalité professionnelle, dans la mesure où la structure de l'emploi s'est modifiée au cours des 20 dernières années, au profit des emplois les plus qualifiés. Il semblait donc indispensable de déterminer avec les partenaires économiques et sociaux les activités professionnelles pour lesquelles le CAP permettra une réelle insertion professionnelle. C'est le sens donné à la réunion du CIC 4 et à la table ronde ouverte en septembre 2000 par le Ministre délégué à l'Enseignement professionnel sur la relance et l'adaptation du CAP 5 dans le système scolaire.

1 «Le Certificat d'Aptitude Professionnel» (CAP) a été institué par la loi Astier de 1919. Il remplace le Certificat de capacité professionnelle créé en 1911 pour les apprentis, qui n'imposait aucune exigence de formation - L'Histoire des diplômes professionnels de G. Brucy.

2 Fabienne Maillard est chargée d'études à la Direction des enseignements scolaires du Ministère de l'Education Nationale.

3 F. Coutellier, Intermède ­ Bulletin CPC n°31

4 Le Comité Interprofessionnel Consultatif sert d'interface entre l'enseignement professionnel et technologique et le monde du travail. Il coordonne l'activité des commissions professionnelles consultatives (CPC) chargées de rénover, d'adapter, de créer ou de supprimer les diplômes professionnels au plus près des besoins et des évolutions du tissus économique.

5 Lors de son discours de lancement pour la mise en place des tables rondes sur l'enseignement professionnel, le ministre a proposé de «refonder le CAP dans son contenu, en lien avec les métiers et les qualifications professionnelles. Il est important d'accentuer le caractère professionnel de ce diplôme afin qu'il remplisse pleinement son rôle de premier diplôme qualifiant dont tout jeune quittant le système éducatif devrait être muni»

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