Entretien avec CHRISTIAN HERSON
OBJECTIF FORMATION : L'ARACT Lorraine dont vous êtes le Directeur va mettre en place un "OBSERVATOIRE de la GESTION des AGES" en Lorraine. Qu'est ce qui motive cette initiative ?
C.HERSON : Les effets démographiques vont conduire à une raréfaction des compétences dans l'entreprise.
L'homme va devenir une ressource rare, dès lors, il devient nécessaire de regarder comment progresser dans nos pratiques Ressources Humaines pour permettre un allongement des carrières, celle-ci permettant aussi de donner du sens à la réforme des retraites. Le challenge que ce contexte impose aux entreprises est en quelque sorte de réinventer le travail pour prévenir le vieillissement professionnel tant dans sa dimension physique que dans sa dimension adaptation des compétences.
En d'autres termes, penser et aménager les conditions de travail pour éviter ou limiter les inaptitudes physiques, penser et aménager la gestion des carrières et la formation pour que les compétences des salariés soient à tout moment en conformité avec les besoins de l'entreprise ou ceux du marché de l'emploi.
O. F. : On comprend bien mais pourquoi un Observatoire ?
C.H. : Le terme d'Observatoire ne nous convient pas parfaitement mais nous n'en avons pas trouvé d'autres pour le moment.
En effet il est réducteur par rapport aux missions et objectifs que nous lui avons assigné et il a une connotation un peu statique.
Dans la pratique cet Observatoire va avoir plusieurs objectifs :
1. Déterminer et suivre les différents indicateurs statistiques ayant de la pertinence pour évaluer la problématique de la gestion des âges. Il nous en vient immédiatement plusieurs à l'esprit. En effet, en répartissant par tranches d'âges différents indicateurs statistiques, l'on pourra mesurer notamment comment les "seniors" sont touchés par différents phénomènes ; taux d'activité, taux d'accès à la formation, taux de fréquence et de gravité des accidents du travail, nombre de licenciements pour inaptitude physique.
2. Positionner ces indicateurs à fin 2003 pour avoir une photographie à l'instant T du lancement de ce chantier RH, puis, ensuite, suivre dans le temps ces ratios pour évaluer l'efficacité des actions qui seront mises en ¦uvre
3. En parallèle à cette approche statistique, aller voir dans un panel d'entreprises comment se pratique la gestion des âges pour repérer les bonnes pratiques puis ensuite capitaliser et transférer ces bonnes pratiques pour que l'ensemble des acteurs se les approprient.
O. F. : Est-ce que la partie statistique de l'Observatoire ne risque pas de faire doublon avec d'autres choses qui existent ? N'y a-t-il pas un risque de faire quelque chose de complexe ?
C.H. : On a bien intégré deux principes.
Ne pas faire "d'Usine à Gaz" et ne pas rajouter une couche au "mille feuilles" souvent décrié. Notre démarche sera donc empreinte d'un souci d'efficacité : regardons de façon concertée les indicateurs dont nous avons besoin, vérifions s'il n'existe pas déjà, dans le paysage statistique, un organisme qui suit ces indicateurs, mettons en commun sur cette problématique ce qui existe déjà et complétons ce qui manque.
Alerté par les entreprises lorraines quant aux difficultés croissantes de recrutement de main d'¦uvre qualifiée, le Conseil Régional s'est penché sur la problématique de l'orientation des jeunes vers les métiers porteurs d'emploi. Le manque d'attractivité et la désaffection de certaines filières, conjuguée au vieillissement de la population active, ont fait craindre pour la dynamique économique régionale.
Le non-renouvellement des ressources humaines, notamment dans des secteurs à fort besoin de recrutement, a amené la collectivité à réagir afin d'anticiper les risques de tension de l'activité.
C'est pourquoi, au titre de ses compétences en matière d'apprentissage et de formation professionnelle, le Conseil Régional de Lorraine s'est engagé depuis maintenant 3 ans dans une politique ambitieuse d'information et de communication sur les métiers et les formations, visant à valoriser auprès des jeunes l'image des secteurs d'activité concernés.
Cette action s'est notamment traduite par :
le soutien à l'organisation de forums des métiers et de l'emploi organisés au plan local et associant l'ensemble des acteurs des bassins concernés (en moyenne, 12 manifestations réunissant environ 20 000 visiteurs ont été organisées chaque année),
la mise en ¦uvre d'une campagne hebdomadaire d'information sur les métiers et les formations au sein de la presse quotidienne régionale, baptisée initialement "Les métiers qui recrutent", puis "Objectif Emploi",
le lancement des rubriques "Objectif Emploi" sur RTL 9, dans l'émission de proximité "Bienvenue chez Vous", en écho des parutions presse (32 sujets par an diffusés sur un rythme hebdomadaire),
le fonctionnement d'un numéro vert de la formation, confié à INFFOLOR, qui permet de traiter les appels des lorrains désireux de suivre une formation, en lien avec la campagne "Objectif Emploi". Pour information, au 30 septembre 2003, le numéro vert a enregistré 3 934 appels depuis le début de l'année (2 521 en 2002), soit une augmentation de 56 % par rapport à l'an passé,
le développement du site Internet régional dans les domaines de l'apprentissage et de la formation,
le soutien à des campagnes de communication effectuées par des organisations professionnelles sur leurs métiers (Transport et Logistique, BTP,Š),
la participation en tant que partenaire à la "semaine de l'emploi", organisée par la direction régionale de l'ANPE.
Par ailleurs, la Région a poursuivi son soutien aux actions menées par l'OREFQ (Observatoire Régional de l'Emploi, des Formations et des qualifications), contractualisé avec l'Etat afin de disposer d'informations pertinentes sur le marché de l'emploi et de la formation.
C.H. : Vous avez tout à fait raison et votre question montre bien en quoi le terme d'observatoire est réducteur. Ce qui doit tous nous intéresser, c'est plutôt la dynamique de changement que nous devons insuffler pour que des progrès durables s'inscrivent dans les pratiques et que la problématique de la gestion des âges soit parfaitement intégrée dans les politiques RH.
Observer ne suffit pas, l'observation doit être complétée par des préconisations puis par l'action.
Cela situe assez bien la chronologie de ce que nous souhaitons faire :
1. Définir des indicateurs statistiques.
2. Faire un état des lieux de la situation.
3. Réaliser des audits en entreprises pour repérer les pratiques pertinentes et transposables.
4. Etre en état de veille permanente pour ouvrir cette démarche de veille à un environnement plus large ; France, Europe,...
5. Proposer une réflexion ainsi enrichie aux entreprises sous forme de préconisations. A cet effet, l'existence des indicateurs permettra également de compléter notre prestation vers les entreprises d'une démarche "Benchmarking" qui leur permet de comparer leurs propres indicateurs avec ceux de l'observatoire. Cette possibilité d'effectuer un positionnement relatif permet également de mieux cibler les actions et les efforts à entreprendre.
6. Les accompagner en mobilisant le réseau des
consultants dans la mise en ¦uvre de ces bonnes pratiques.
7. Suivre l'évolution dans le temps des indicateurs statistiques pour évaluer les résultats des actions et vérifier si, sur le terrain, la situation s'améliore.
O. F. : C'est un chantier très ambitieux qui s'ouvre avec ce projet, l'ARACT n'y arrivera pas seule.
C.H. : En effet, beaucoup de partenaires nous ont fait part de leur intérêt pour ce projet et nous avons à notre côté :
Le Réseau des Directeurs des Ressources Humaines de Lorraine, au travers de l'ANDCP
Très probablement, le réseau des Dirigeants d'Entreprises au travers du CJD
Les Universités de Metz et Nancy qui vont nous permettre de mobiliser des équipes d'étudiants en Gestion des
Ressources Humaines et Psychologie du Travail
Les CRAM Nord Est et Alsace Moselle qui nous ont dit leur accord pour participer à la construction des indicateurs
"Santé au Travail" et de leur suivi. Les organismes statistiques : INSEE, ODEL et OREFQ
Du côté institutionnel, la DRTEFP ainsi que le Conseil Régional, nous ont fait part de leur accord pour nous soutenir.
Enfin, n'oublions pas les Partenaires Sociaux ; MEDEF, CGPME et organisations syndicales des salariés, avec qui nous allons organiser, au travers de notre comite d'orientation et conseil d'administration, un système de va et vient permanent et qui, après avoir validé ce projet en septembre, seront consultés de façon régulière sur l'évolution de celui-ci et sur les orientations à prendre.